La pêcherie crevettière marocaine est composite et relativement ancienne, elle comprend une activité de pêche hauturière et une activité de pêche côtière qui sont exercées depuis des décennies. Si la première flottille est spécialisée, la seconde se caractérise par une diversité des métiers (polyvalence des unités) qui se traduit par une grande hétérogénéité des logiques d’exploitation. 

La compétition actuelle entre les deux segments hauturier et côtier constitue une contrainte pour le suivi scientifique et un défi majeur pour l’aménagement de cette pêcherie. De tels challenges se compliquent d’avantage dans le contexte des crevettes, espèces à courte durée de vie, dont la dynamique en réponse à la pêche et à la variabilité environnementale est encore mal appréhendée.

                                               

Cette pêcherie présente donc plusieurs avantages à la fois sur le plan économique en étant une source d’apport de devises et sur le plan social par la main d’œuvre qu’elle génère. Elle est pratiquée par 590 chalutiers côtiers actifs ciblant les espèces demersales et 59 chalutiers crevettiers congélateurs. Environ 7300 tonnes de crevettes sont capturées par des chalutiers côtiers et hauturiers, pour une valeur de 690000 MDH en 2015.

Toutefois, la pêche aux crevettes dans les zones marocaines confronte plusieurs défis et problématiques liés au caractère de la ressource elle-même et au contexte d’exploitation. Ainsi, un suivi scientifique adéquat et une gestion adaptative appropriée sont seuls garants de la durabilité de ces ressources à courte durée de vie.  

L’exploitation des crevettes et en particulier celle de la crevette rose du large par les flottilles marocaines s’est développée à partir des années 1980. Cette espèce (Parapenaeus longirostris) est un crustacé qui appartient à l'ordre des Décapodes Natantia et à la famille des Pénéidés. Sa répartition géographique est assez large. Elle se trouve dans l'Atlantique oriental, de l'Angola au Portugal et dans l'Atlantique occidental, des Guyanes au Massachusetts comme elle est rencontrée dans tout le bassin méditerranéen (Holthuis, 1987).

Au Maroc, elle se rencontre en abondance dans le plateau et le talus continental atlantique, de Cap Spartel au Nord jusqu’à Lagouira au Sud et en Méditerranée marocaine de Ceuta à Saidia. Cette espèce profonde, vit sur les fonds vaseux ou vaso-sableux. Sa répartition bathymétrique est large, de 20 à 700 m et généralement de 100 à 400 m de profondeur (Heldt, 1954 ; Holthuis, 1987 ; Ardizzone et al, 1990).

 

En plus de la crevette rose d’autres crevettes sont importantes de point de vue commerciale, Il s’agit des trois espèces de crevette royale (Aristeus antennatus, Plesiopenaeus edwardsianus, Aristaeomorpha folicea) et de la caramote (Penaeus kerathurus). D’autres crevettes, de moindre importance, sont également capturées tout au long des côtes marocaines, ils s’agissent principalement de la crevette megalops (Penaeopsis serrata), de la crevette grise (Crangon crangon), de la crevette dorée (Plesionika martia), de la crevette flèche (Plesionika heterocarpus) et la crevette narval (Parapandalus narval). 

 

L’exploitation des crevettes fait l’objet d’une pêche dirigée chez les segments hauturiers et côtiers congélateurs. Pour le cas de la pêche chalutière côtière à caractère multi-spécifique, la pêche aux crevettes se fait simultanément avec d’autres groupes de poissons. 

Ces différents segments pratiquant la pêche à la crevette se différencient par leurs caractéristiques techniques (conception et mode de conservation) et socioéconomiques (niveau des investissements injectés et des emplois générés) et leurs stratégies sont liées à la dynamique des ressources et à celle des marchés.

Concernant les engins utilisés pour la pêche aux crevettes, ils concernent un chalut spécialisé de type espagnol, jumeaux composé de deux chaluts pour le cas de la pêche hauturière crevettière congélatrice. Pour la pêche côtière, le chalut utilisé est celui commun chez cette flotte qui est de type atomique à double panneau. 

Les zones d’activité des flottilles opérant dans la pêcherie crevettière dépendent du type de segment de pêche et des stratégies de pêche. En effet, les crevettiers hauturiers congélateurs ont un très large rayon d’action et leurs zones d’activité se situent essentiellement entre Larache et El Jadida et entre Essaouira et Sidi Ifni à des profondeurs allant de 100 à plus que 1000 mètres. Signalons que compte tenu de leur autonomie en mer relativement importante, certaines unités de pêche étendent leur activité à la zone sud de Cap Boujdor, où apparemment, la crevette royale est ciblée. Les côtiers congélateurs opèrent de la côte jusqu’aux grandes profondeurs et fréquentent généralement les mêmes zones que les hauturiers congélateurs, les unités appartenant à cette catégorie ont été assimilées à la flottille hauturière crevettière à partir de l’année 2011. 

Zones d'activité des chalutiers crevéttiers congélateurs

 

A travers les données VMS, les chalutiers crevettiers congélateurs ont deux grandes zones d’activité : au niveau de la zone comprise entre Tanger et Casablanca au-delà de 10 miles nautiques sur des profondeurs situées au-delà de 100m et au niveau de la zone comprise entre Essaouira et Agadir au large. Il est à signaler que certaines unités de pêche fréquentent la zone située au sud de Sidi Ifni sur des grandes profondeurs à la recherche de la crevette royale.

Quant aux chalutiers côtiers qui débarquent les crevettes, ils opèrent aussi bien au niveau de l’atlantique et que de la méditerranée entre Saadia et Boujdor et ce à proximité de leurs ports d’attache. Ces unités de pêche fréquentent généralement le plateau continental le long des côtes marocaines, sur des fonds vaseux, à des profondeurs qui peuvent aller jusqu’à 500m au niveau des zones d’abondance de crevettes et d’autres espèces de poissons démersaux au-delà de 3 miles nautiques par rapport à la côte.

A l’instar de la pêcherie crevettière congélatrice, deux grandes zones de zones de pêche à la crevette rose ont été détectées en l’occurrence la zone allant d’Assilah à El Jadida et la zone Essaouira- Sidi Ifni.

La pêche des crevettes et principalement celle de la crevette rose P. longirostris est exercée seulement par des chalutiers. L’effort de la flottille de pêche côtière au niveau de la zone atlantique, exprimé en jours de pêche avec apport de crevette, est caractérisé par une augmentation importante observée de 2000 à 2007 où cette flottille a exercé un effort de 57900 jours de pêche. Depuis cette année, l’effort de ce segment de pêche s’est maintenu autour de 50000 jours de pêche jusqu’à l’année 2011. A partir de 2012, on observe une diminution importante de l’effort de pêche qui ne représentait que 35000 jours de pêche en 2013. En 2014, l’effort de ce segment a connu une augmentation, et a atteint 37 700 jp. Cet effort a diminué de 10%en 2015 (Figure.27). La diminution de cet effort est un indicateur de la rareté de la crevette rose.

L’effort de pêche des chalutiers côtiers pêchant la crevette rose au niveau de la méditerranée a demeuré relativement stable durant la période 2003-2012 avant de chuter considérablement et se stabiliser autour de 5800 jp à partir de 2014.

Quant à, l'évolution de l’effort de pêche des crevettiers congélateurs ; elle a subi une diminution importante à partir de 2009 due surtout à la diminution significative du nombre de bateaux actifs (20%) en 2010 et à la période d’arrêt observée avec l’application du plan d’aménagement de la pêcherie crevettière, ce dernier oscille autour de 9000 jp. Pour les chalutiers côtiers congélateurs, l’effort de pêche suit la même tendance que celui exercé par les crevettiers congélateurs.

Extrait du rapport annuel de l’Etat des stocks et des pêcheries marocaines 2015. 295 p